Le rocher de la Combe.

Les carrières de grès de la forêt de Fontainebleau sont très anciennes, c’est Philippe Auguste qui ordonna le pavage des rues de Paris, vers 1185. On utilisait alors de grandes dalles de grès appelé carreaux, d’où l’expression Carreaux des Halles ou du Temple. Les carreaux furent ensuite remplacées par des pavés de petite taille, plus résistants. En 1388, l'utilisation du grès est attestée pour le château de Fontainebleau. Depuis lors, la demande en bloc de grès ne fit que s'amplifier. Les carrières de la forêt de Bière furent les principaux sites d’exploitation, car la Seine facilitait le transport des pavés vers Paris, Valvins étant le port de chargement. La carrière du rocher d’Avon fut ouverte en 1609, celle de la croix d’Augas en 1614, au Mont Ussy en 1621, au Mont Chauvet en 1638. À cette époque, le travail des carriers était réglementé par un « droit de fortage », taxe perçue par le Gouverneur du Palais.

 Une carrière en forêt, dessin de Pierre Lelu, fin XVIIIe siècle.

La carrière du rocher de la Combe (parcelle 150) fut ouverte vers 1816, à cette époque on comptait environ 200 carriers travaillant en forêt. En 1829, les carrières de Fontainebleau fournirent près de trois millions de pavés, taillés par un millier d'ouvriers. Mais le grès de Fontainebleau n’est pas assez dur pour supporter une circulation intensive. En 1861, le préfet Haussmann se plaint de la rareté des grès de bonne qualité, il préconise de revêtir la chaussée de goudron de houille qui sera ensuite remplacé par le bitume. Le grès des Ardennes et le granit de Bretagne remplace le pavé de Fontainebleau. La production baisse rapidement, en 1898, il ne restait que 65 carriers à Fontainebleau. Un arrêté de 1907 mit fin à l’exploitation, quelques carrières ont perduré dans le massif des Trois Pignons, la dernière, située au Coquibus, fût fermée en 1983. Aujourd’hui, il existe une carrière de grès encore en activité à Moigny-sur-École.



Grésière au Rocher Fourceau, Journal Universel, 1846.

Métier difficile, travaillant jusqu’à 14h par jour, six jours par semaine, les carriers utilisaient des outils très lourds. Les accidents n’étaient pas rares et surtout l’espérance de vie était bien courte, dépassant rarement les 45 ans. Les carriers étaient atteints par la silicose, maladie pulmonaire provoquée par l’inhalation des particules de grès, qu’ils nommaient rhume de Saint-Roch, du nom de leur saint patron. Les carriers avaient mauvaise réputation, les révoltes étaient fréquentes, celle de 1830 resta longtemps dans les mémoires. Ils forcèrent le conservateur de la forêt et maire de la ville de Fontainebleau, Monsieur de Larminat, à quitter ses fonctions et obtinrent une baisse des droits d’exploitations avec divers avantages. En 1848, les carriers ne voulaient plus avoir à passer par des intermédiaires et décidèrent de négocier les contrats d’exploitation directement avec la ville de Paris. Solidaires, ils sont à l’origine de la première société de secours mutuel ouvrière de Fontainebleau, officialisée en 1858.